Une idée qui franchit une frontière et perd sa valeur en chemin ne construit pas une économie. Cette proposition a traversé toutes les séances de la Journée africaine de la propriété intellectuelle 2026, organisée par le Secrétariat de la ZLECAf à Accra le 10 septembre, sous le thème « Développer les entreprises dans l’écosystème de propriété intellectuelle de la ZLECAf ».
La célébration était la première depuis l’adoption des Annexes au Protocole de la ZLECAf sur les droits de propriété intellectuelle. Ensemble, le Protocole et ses Annexes complètent un cadre continental de propriété intellectuelle, le premier du genre. Des instruments comparables existent aux niveaux national et régional partout en Afrique. Aucun ne couvrait le continent dans son ensemble. Ce cadre vise à établir des politiques de propriété intellectuelle cohérentes entre les États parties et à construire un écosystème continental inclusif au service du commerce intra-africain.
« Les idées, les marques, les inventions et les œuvres de création africaines ne devraient pas perdre leur valeur à la frontière. Avec le Protocole sur les droits de propriété intellectuelle et ses Annexes, nous disposons désormais du cadre continental qui permet de l’éviter. »
S.E. Wamkele Mene, Secrétaire général du Secrétariat de la ZLECAf.
Le programme s’est ouvert par les messages de bonne volonté de ministres et des responsables des organisations régionales africaines de propriété intellectuelle, suivis du discours d’orientation du Président du Conseil des ministres de la ZLECAf chargés du Commerce.
Le cœur intellectuel de la journée a été un panel consacré à la difficulté de développer des entreprises fondées sur des actifs immatériels, et d’attirer l’investissement, dans un environnement africain de propriété intellectuelle fragmenté. Il a réuni des perspectives institutionnelles, entrepreneuriales, académiques et financières autour d’un problème concret : une entreprise africaine dont l’actif principal est une marque, un design, une formulation ou un ensemble d’œuvres ne parvient souvent ni à le protéger sur les marchés qu’elle vise, ni à le valoriser à son bilan, et ne peut donc ni l’apporter en garantie ni le concéder sous licence à des conditions équitables.
La difficulté n’a rien de théorique. Les entreprises africaines recourent peu aux outils de propriété intellectuelle, une part importante d’entre elles opère dans l’informel, et beaucoup divulguent un produit avant d’être en mesure de le protéger. Le résultat est le même dans tous les secteurs : la valeur est créée en Afrique et captée ailleurs.
La journée a également distingué six innovateurs, entrepreneurs et créateurs africains, originaires du Bénin, du Cameroun, du Ghana, du Nigéria et de l’Ouganda, au titre de My IP Story et du Prix du Secrétaire général. Leurs activités vont de l’édition et de l’entreprise créative au machinisme agricole, à l’agro-transformation, à la biotechnologie, à la santé et aux énergies propres. Ce qui les relie n’est pas un secteur. C’est que chacun a conduit une idée jusqu’à la protection, puis de la protection jusqu’à une entreprise.
Les instruments existent désormais. La question à laquelle la célébration est revenue, sous des formes différentes tout au long de la matinée, est celle de la mise en œuvre : comment un cadre continental devient un outil utilisable par une dirigeante d’entreprise d’agro-transformation à Kampala ou par un ingénieur qui fabrique des batteuses au Ghana. C’est le travail des années à venir, et il incombe autant aux offices nationaux de propriété intellectuelle, aux institutions financières et aux organisations professionnelles qu’au Secrétariat.
La Journée africaine de la propriété intellectuelle 2026 a été organisée par la Division de la propriété intellectuelle du Secrétariat de la ZLECAf, dans le cadre du projet « Convergence des pratiques de propriété intellectuelle de la ZLECAf ».





